Un accès qui a ses limites

Les administrateurs d’une copropriété pourraient, éventuellement, être appelés à entrer dans la partie privative d’un copropriétaire. L'article 1066 du Code civil du Québec oblige le copropriétaire tout comme son locataire ou un autre occupant à subir des travaux à l'intérieur de sa partie privative. Cela inclut également les inspections préalables justifiées pour la conservation de l'immeuble et la sécurité des occupants. Tout copropriétaire devra coopérer en pareille situation. Bien qu’il use et jouit librement de sa partie privative, et que personne ne peut porter atteinte à ce droit fondamental, il lui faut néanmoins en permettre l’accès dans certaines circonstances. Cela est d’autant plus vrai lorsque le syndicat doit y faire réaliser des travaux urgents ou de conservation, qui ont pour objet d’assurer la pérennité de l’immeuble.

 

Principes généraux du droit

Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, le syndicat et le copropriétaire concernés doivent comprendre leurs droits et devoirs respectifs. L’article 1042 du Code civil du Québec définit la notion de partie privative, en précisant qu’elle est la propriété d’une personne déterminée – ce qui s’oppose à la propriété collective des parties indivises – et que son usage est exclusif à celle-ci. Quant à l’accès limité de la demeure d’un copropriétaire, la Charte des droits et libertés de la personne précise (entre autres) les énoncés suivants :

Article 6 : Toute personne a droit à la jouissance paisible et à la libre disposition de ses biens, sauf dans la mesure prévue par la loi;

Article 7 : La demeure est inviolable;

Article 8 : Nul ne peut pénétrer chez autrui ni y prendre quoi que ce soit sans son consentement exprès ou tacite.

La Charte des droits et libertés de la personne s’appuie notamment sur le fait que « tout être humain possède des droits et libertés intrinsèques, destinés à assurer sa protection et son épanouissement », que « tous les êtres humains sont égaux en valeur et en dignité et ont droit à une égale protection de la loi », et que « les droits et libertés de la personne humaine sont inséparables des droits et libertés d’autrui et du bien-être général. »

L’inviolabilité de la demeure

Quant à l’inviolabilité d’une demeure stipulée à l’article 7 (précité), elle n’est pas absolue. Rappelons que le Code civil du Québec régit, en harmonie avec la Charte des droits et libertés de la personne et les principes généraux du droit, les personnes, les rapports entre les personnes, ainsi que les biens. En copropriété divise, le partage d’un bien immobilier collectif (parties communes) doit mettre en œuvre un équilibre entre les intérêts individuels et collectifs. Par conséquent, cette inviolabilité comporte des limites, à la condition que le copropriétaire concerné ne se trouve pas lésé de manière durable dans la jouissance de son bien. On évite ainsi d’éventuels problèmes de gestion au sein d’une copropriété.

Accès sur rendez-vous

Les administrateurs du syndicat, le gérant, les préposés, employés et contractants du syndicat ont libre accès aux parties privatives, sur rendez-vous, à toute heure raisonnable pour les fins permises par la présente déclaration de copropriété, sauf en cas d'urgence;

Accès crucial sans rendez-vous

Cela dit, ce droit d'accès dont dispose le syndicat ne permet toutefois pas aux administrateurs d’avoir un accès de manière abusive à la partie privative sans le consentement du copropriétaire. Pour accéder à l’unité d’un copropriétaire, la balle est dans le camp du syndicat, qui devra prouver que cet accès est crucial pour exécuter des travaux nécessaires à la conservation de l’immeuble. Cette option suppose qu’aucune autre alternative raisonnable ne puisse être envisagée, ou que cette entrée dans un appartement représente la solution optimale.

Peu importe les travaux à faire, le syndicat doit toujours éviter, autant que faire se peut, d’entrer dans un appartement pour faciliter l’atteinte des lieux nécessitant des travaux. À titre d’exemple, si un balcon doit être réparé, il faudra le faire par l’extérieur (si possible) — quitte à y accéder au moyen d’une nacelle —, plutôt que de passer par un appartement pour s’y rendre. On ne saurait autoriser le syndicat à empiéter dans un appartement, sous prétexte que cette solution est plus commode ou moins chère.

 

 BON À SAVOIR! La déclaration de copropriété comporte souvent une servitude d'accès contre les parties privatives en faveur des parties communes et d'autres parties privatives pour permettre l'accès au syndicat et aux autres copropriétaires lorsque cela justifié, par exemple lors de la réalisation de travaux et d'inspection.

 À RETENIR : Advenant qu’un copropriétaire s’obstine à ne pas donner accès à son unité, afin d’y réaliser des travaux urgents ou de conservation, et que ce refus est injustifié, le syndicat pourra s’adresser au tribunal pour lui forcer la main.

 ATTENTION! La responsabilité du copropriétaire pourrait être engagée s’il ne collabore pas avec le syndicat. Advenant qu’il refuse que des ouvriers entrent dans sa partie privative (si aucune autre alternative n’est possible), afin d’y réaliser d’importants travaux visant la conservation de l’immeuble, il pourrait être condamné à payer les frais supplémentaires qui en découleraient, le cas échéant.

 CONSULTEZ  L'OUVRAGE:  Travaux en condo : Tout ce qu'il faut savoir  aux pages 99 et suivantes.

 

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