Certains copropriétaires sont des fantômes

28 octobre 2019 — Les copropriétaires fantômes augmentent en nombre au Québec. Ils achètent des condos qu’ils louent ensuite à des tiers. Leur objectif est purement mercantile. Il s’agit bien souvent d’investisseurs étrangers. Les joindre peut être extrêmement difficile, voire impossible. Plusieurs d’entre eux se font prier pour payer leurs frais de condo, ainsi que les réparations à faire dans leur immeuble, sans compter qu’ils contribuent à faire fuir les assureurs.

Les copropriétés qui comptent plus de 50 % d’unités louées sont beaucoup moins attrayantes pour une compagnie d’assurance. « Sous les 40 %, ça peut aller, mais au-delà de 50 %, certains assureurs vont demander des surprimes de 20 à 25 %, tandis que d’autres vont carrément refuser d’assurer », prévient Vincent Gaudreau, courtier en assurance de dommages et vice-président chez Gaudreau Assurances.

Investisseurs irresponsables

« C’est devenu un casse-tête, une source de conflits. On est aux prises avec des investisseurs qui ne prennent pas leurs responsabilités. Ils ont acheté dans des quartiers recherchés du centre-ville, par exemple dans Griffintown, uniquement pour le rendement. On a de la difficulté à entrer en communication avec eux lorsqu'un problème se pose », indique pour sa part Michael Chetboun, gestionnaire de copropriété et cofondateur de l’entreprise en gestion Sequoia. Selon son évaluation, le pourcentage de copropriétaires « absents » est passé de 5 % à plus de 30 % en cinq ans.

« C’est une réalité, un phénomène en plein développement. Cela pourrait même devenir préoccupant, si on n’encadre pas la location des unités en copropriété », estime de son côté l’avocat émérite et secrétaire général du RGCQ, Yves Joli-Coeur.

Prise de contrôle du syndicat

« On a vu, à Toronto, de gros investisseurs immobiliers prendre le contrôle d’un syndicat de copropriétaires. Ces investisseurs ont acquis une majorité d’unités, qu’ils ont ensuite mises en location. Résultat : les copropriétaires occupants ont été littéralement écartés des prises de décisions. Vous pouvez être assuré que ça risque également de se produire à Montréal », d’ajouter ce juriste.

Tout cela génère une frustration larvée de copropriétaires qui s’imaginaient, au moment d’acquérir, que l’immeuble choisi sera pris en charge adéquatement. Au lieu de cela, ils se retrouvent bien souvent dans un bâtiment en déficit d’entretien, ainsi qu’avec des locataires qui déménagent et emménagent sans arrêt.

Intérêts divergents

Hans Brouillette, directeur des affaires publiques à la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ), pense qu’il faut se rendre à l’évidence : tous les acheteurs n’ont pas les mêmes intérêts en copropriété, et tous n’ont pas le même mode de vie. Il y a les jeunes acheteurs qui recherchent la quiétude. D’autres achètent pour revendre [avec profit], tandis que les investisseurs optent pour la location. En somme, « Les intérêts des uns ne sont pas nécessairement les intérêts des autres », résume-t-il.

Montréal, 28 octobre 2019
Source : La Presse