L’industrie de l’assurance dans la tourmente

9 janvier 2020 — Le modèle d’affaires en assurance habitation n’est peut-être plus adapté à la réalité d’aujourd’hui. L’inquiétude est devenue palpable dans cette industrie, par exemple en Floride et en Californie. Au Québec, on en voit aussi les signes avant-coureurs, notamment en copropriété, où plusieurs syndicats de copropriétaires paient des primes et des franchises extrêmement élevées. D’autres deviennent orphelins d’assurance, parce qu’ils sont incapables de replacer le risque après avoir été abandonnés par leur assureur.

 

 

« Si les primes augmentent trop, des secteurs deviendront inassurables, à tout le moins pour les non-riches », précise un article publié dans La Presse. Les assureurs pointent notamment du doigt les changements climatiques pour expliquer ce phénomène. Le climat s’emballe et coûte très cher. Cette réalité est également vraie au Canada. L’incendie monstre qui a sévi à Fort McMurray, en 2016 et 2017, en illustre le parfait exemple.

Réclamations prohibitives  

Pendant la décennie 2000, le montant moyen des réclamations a quadruplé, si bien que le coût des primes d’assurance habitation a grimpé plus vite que le coût de la vie. À cela s’ajoute la hausse des dépenses du gouvernement pour indemniser les sinistrés. La facture est chaque fois refilée à l’ensemble des contribuables.

Les catastrophes naturelles « ont augmenté de façon spectaculaire au cours de la dernière décennie », selon le dernier rapport annuel du Bureau d’assurance du Canada.

Infrastructures vétustes

Mais cette hausse des coûts ne s’explique pas seulement par le climat. Elle résulte aussi de la vétusté des infrastructures municipales, du nombre grandissant de sous-sols habités, ainsi que d’une perte des milieux humides et des espaces verts. En résumé, les précipitations augmentent, le sol asphalté à grande échelle n’éponge plus l’eau, tandis que les égouts peinent à la capter.

Les assureurs ont fait un calcul et le constat est clair : les changements climatiques ne concernent pas seulement nos enfants et nos petits-enfants, et ils séviront au-delà des pays en voie de développement.

Pour s’en convaincre, le géant en réassurance Munich Re compte un climatologue en chef parmi son personnel. La TD Assurance a créé un comité-conseil sur le climat, tandis que les Lloyd’s, Swiss Re, Aon et Prudential de ce monde, pour ne nommer que celles-là, ont fondé le groupe ClimateWise pour documenter le risque. Ce risque est également confirmé dans un nouveau rapport de RBC Banque Royale, Se frayer un chemin dans les années 2020.

Tous ces constats font en sorte qu’en copropriété, plusieurs syndicats sont portés à ne pas déclarer un sinistre, par crainte d’être abandonnés par leur assureur. « Toute déclaration de sinistre à un assureur entraîne, fréquemment, une majoration des primes et des franchises d’assurance. Cela pourrait même signifier, dans certains cas, le non-renouvellement de la police d’un syndicat, et une limitation de sa capacité à replacer le risque chez un autre assureur », peut-on lire dans un texte de doctrine signé par Yves Joli-Coeur, avocat émérite et secrétaire général du RGCQ. Il en fera d’ailleurs un exposé au Barreau du Québec, le 13 mars prochain, dans le cadre des formations offertes par le Barreau. La thématique traitera des Développements récents en droit de la copropriété 2020.

Montréal, 9 janvier 2020
Source : La Presse et François G. Cellier pour Condolegal.com